Didus a raison, ce blog porte mal son nom, je parle de tout sauf d'auto-stop...

15 oct. 2006

La mort et moi

Petite pause. Petit froid dans l'assemblée, entre tous les "moi" qui sont en moi. Il y a un sujet que j'évoque trop peu, parce qu'il est tabou et c'est assez normal. Tant mieux, au fond. C'est la mort.
J'admire et je crains ces gens qui prennent la mort avec philosophie, la mort comme une nécessité, comme "pas un drame", comme un "c'est la vie"... justement pas, bande de rats ! C'est tout sauf la vie. J'en ai personnellement une trouille monstre.
Tout le monde aime aborder la mort, elle fascine et fait rêver comme un Da Vinci Code servi bien frais. Elle a des côtés mystiques, religieux, philosophiques, surnaturels...
Ca, c'est bon pour les vivants qui tentent de la concevoir. Mais la mort, c'est inconcevable, et c'est tout. Peut-on concevoir le néant ? Non, puisque nous sommes quelque chose. Le néant, le vrai, est inimaginable, puisqu'il ne prend pas de place, puisqu'on n'y peut coller d'image, de bruit ou de sensation. Réfléchissez : tentez une seconde de concevoir le néant. Votre cerveau s'emplit d'images, de concepts, de couleur noire pour certains... Mais tout ça, ce n'est pas le néant : votre cerveau tourne, vous voyez des couleurs, vous vous focalisez sur des idées, sur QUELQUE CHOSE. Et puis vous avez faim, l'heure du repas approche, et vous vous en foutez un peu au fond, alors vous allez nourrir votre corps et votre tête de choses un peu plus consistantes. Le sujet évité avec élégance, passons à table.
Pour connaître le néant, pour connaître la mort, votre cerveau devrait s'arrêter de tourner, tout simplement et complètement. Le rien, le vrai, semble ne pas exister, logique d'ailleurs, c'est là-même sa définition. Nos langages eux-mêmes évitent le sujet : le mot "rien" vient du latin "res", qui signifie... chose. Dans toutes les langues, le néant se conjugue au singulier : "il n'y a pas d'étoile", "aucun homme n'y pense"... nous manquerait-il un troisième nombre, ni singulier ni pluriel, pour désigner le néant ?
Et puis, si le néant est vraiment un néant (c'est à dire qu'il n'est pas, vous suivez, arf), alors nul besoin de mot pour le définir, et "rien" perd tout son sens, car c'est déjà un mot, et un mot c'est déjà trop. En fait, on ne peut définir le "rien" que dans l'absence de quelque chose de bien existant. Si l'on dit qu'il n'y a rien, c'est bien qu'on attendait quelque chose, pas vrai ?
J'imagine parfois la mort comme un film qui s'arrête, mais c'est trop facile : après le film, on se lève et on sort du ciné en discutant allègrement avec les voisins. Rien de tel au programme de la non-existence.

On tourne en rond, en parlant de ça, parce qu'on ne peut pas en parler et qu'on ne pourra jamais en parler vraiment ; c'est mathématique. Expliquer la mort à un vivant, c'est comme expliquer les couleurs à un aveugle. Et le linguiste que je suis réalise avec dégoût la totale inaptitude de nos mots à définir des trucs aussi simples : on ne peut comprendre tant qu'on n'y a pas goûté. Et la mort, on n'y goûte pas impunément. Bref, si tout ce qu'on peut dire est inutile, alors fermons-la.

Tout ça pour vous dire que mon chat semble sérieusement en fin de vie, que lui-même n'a pas vraiment réfléchi à tout ça, mais il crèvera un jour et ça me perturbe. La mort, je ne l'ai jamais approchée. J'ai fait mon premier enterrement il y a un peu plus d'un an, sans vraiment comprendre. Cette chère tante que je connaissais si peu, et que je devais avoir vue moins de dix fois en dix-sept ans... Je me suis transformé en fontaine quand j'ai saisi qu'elle était dans la boîte en bois qui passait dans l'allée de l'Église. Va comprendre. Mon chagrin venait non pas de la subite absence de la défunte, mais de la douleur des vivants autour. Les vivants ! Encore eux !
Ma grand-mère, très âgée, nous a fait, il y a deux Noël de ça, une crise d'asthme effrayante, et j'ai réalisé immédiatement que je n'étais pas prêt la voir partir, ni elle, ni personne en fait. Je m'inquiète quand Maman est trop souvent malade, même si ce n'est qu'une petite nausée qui lui coupe l'appétit. Je flippe dès que Papa prend la voiture, parce qu'il oublie systématiquement la ceinture. J'en viens à espérer secrètement qu'il se prenne un PV. :-) Il y en a d'autres comme ça qui m'inquiètent, je ne vais pas vous faire la liste.
Étant le tout dernier de la famille, et pouvant probablement me targuer de la meilleure santé, je me sens condamné à voir disparaître ceux qui m'entourent, les uns après les autres, et pour certains dans un délai beaucoup trop court. C'est tout simplement hors de question. Je ne vais quand même pas faire le coup à mes parents de mourir avant eux ; ce serait gonflé, mais moins douloureux pour moi. Je ne m'y fais pas.

Mettons tout ça en stand-by ; je ne pense pas non plus à la mort toute la journée, mais ça traine dans un coin du crâne. Je voudrais juste dire à tous ceux qui prennent la mort avec calme et stoïcisme, qu'ils sont tout simplement inhumains de ne pas paniquer devant le néant. Si l'on a un minimum d'instinct vital, et si l'on est pas assez niais pour croire à une vie après la vie (je vais trop loin, là, je le sens... yark yark), on flippe devant l'inimaginable, l'impossible. Le vide.

Je voulais vous trouver une illustration de la mort, mais telle que je l'imagine (ou pas, plutôt), la mort ne s'illustre pas. Alors, en voici un petit aperçu avec pas d'illustration du tout. C'est drôle, hein ?

1 commentaire:

clémence a dit…

[je viens de me relire, bonne chance pour me comprendre ...]

ben voyons ... ^^
je ne sais pas si je fais partie de ces gens "qui prennent la mort avec calme et stoïcisme" (d'ailleurs je suis pas totalment sûre de moi quant au sens de "stoïcisme" ... ^^), mais c'est possible ...
pour moi, y a 2 choses. la mort des gens, et la mienne.
évidemment, la mort des autres me met dans le même état que toi, même si je flippe moins a priori.
je trouve pas de mot mieux, mais c'est sans doute l'habitude (c'est horrible de dire ça, mais vraiment, je trouve pas le mot que je veux), ma grand-mère étant morte en 98 (j'avais donc 9 ans et demi, et ne réfléchissais pas du tout à ça) et mon grand-père (que j'adorais, vraiment) en 2001 (je commençais à comprendre ce qu'est la mort ... je n'allais évidemment plus le revoir...)
[y a trop de parenthèses dans ce texte ... désolée]
et puis, donc, il y a ma mort, qui est finalement la seule que j'associe à ce néant dont tu parles
parce que même si les autres sont morts, moi, je suis encore là, et pas dans le néant.
il n'y aura que moi pour me montrer ce qu'est le néant, même si je ne le verrais jamais.
[j'ai plus de mal à m'exprimer que toi ...]
moi aussi je gamberge parfois sur ce rien-du-tout qui nous attend (enfin, façon de parler) et j'arrive malgré tout ce que tu dis à cette conclusion : de toute façon, c'est a priori pas pour maintenant, alors autant profiter de la vie, que diable !
je ne crois moi même pas du tout, en bonne scientifique (^^), à une hypothétique vie après la mort, c'est d'ailleurs complètement con de dire ça "vie" après la "mort".
la mort veut dire ce qu'elle veut dire, après, y a rien.
mais moi, ça me fait pas peur, sauf quand je pense aux gens que j'aime.
leur mort me fait peur, j'ai absolument aucune envie de les perdre.
ma mort me fait peur, j'ai absolument pas envie de les faire souffrir.
mais c'est tout.
sur ce, bizz !!
clèm